Le miroir

PAR : Eric Duhaime, Blog En Ligne Droite

«Québec : La province la plus corrompue au Canada.» Je ne pensais pas que c’était une nouvelle, encore moins que nos politiciens s’insurgeraient.

Quelle autre province au Canada peut se vanter d’avoir autant d’allégations de corruption et de collusion? De financement douteux aux partis politiques? D’élections municipales où un maire se fait réélire pendant  qu’un scandale des compteurs d’eau est mis au jour? D’octroyer des permis de garderies à des donateurs libéraux? D’avoir un Premier ministre qui témoigne la main sur la bible qu’il trouve normal qu’un collecteur de fonds du Parti libéral passe son temps avec sa responsable des nominations à éplucher des cv? De voir la famille d’un autre collecteur de fonds «bénévole» obtenir 800 millions $ de contrats de son gouvernement?

CHAREST RESPONSABLE

En refusant depuis plus d’un an de tenir une commission d’enquête publique et indépendante sur l’industrie de la construction, réclamée par 75 % des gens, Jean Charest aura travaillé fort pour peindre le portrait du Québec que présente aujourd’hui la revue Maclean’s.

On doit s’indigner de voir l’image du Québec trainée ainsi dans la boue mais ce n’est pas en attaquant le miroir que reflète un magazine torontois qu’on améliorera les choses.

Si le Québec se mérite le non-enviable titre de corrompu, c’est la faute de nos élus. On peut s’acharner sur le miroir, le détruire en 1001 pièces. Notre gangrène poursuivra son œuvre. Il faut plutôt canaliser la honte et la colère qui nous habitent à regarder la une du Maclean’s pour s’attaquer à la source du mal.

DEUX CAUSES

Il y a deux raisons principales qui peuvent expliquer que la culture des pots-de-vin trouve ici un climat propice pour proliférer:

1)      Toute notre attention politique se focalise depuis près d’un demi-siècle sur la question constitutionnelle. La polarisation entre les camps du OUI et du NON en empêche plusieurs à s’intéresser à la bonne gestion de nos taxes. La récente élection partielle dans Saint-Laurent illustre à merveille cette problématique. Un électorat dégouté par le manque d’éthique des libéraux boude le scrutin. Seuls 21% des électeurs inscrits ont voté pour faire élire un négationniste de la corruption.  Quelques anglophones et allophones se sont bouchés le nez et voté fédéraliste.

2)      La taille de l’État au Québec est beaucoup plus importante qu’ailleurs en Amérique du Nord. Plus il y a de gouvernement et d’interventions publiques, plus il y a de corruption. C’est une règle mathématique! Plus un gouvernement est gros, plus il a de contrats à octroyer à ses chums, de subventions à distribuer à ses amis et de nominations à faire parmi ses militants.

La classe politique québécoise préfère crier, à l’unisson, au Québec bashing plutôt que de s’attaquer au problème. Si le messager vient du Canada-anglais, c’est un xénophobe. Si le messager est québécois, c’est un traitre à la nation.

Ce n’est pourtant pas les Québécois qui sont corrompus, mais bien nos élites politiques. Leur crisette actuelle vise à nous faire fermer la gueule. Ne nous laissons pas museler, ni divertir par leur campagne de destruction de miroirs!

Source : http://blogues.canoe.ca/ericduhaime/souverainete/le-miroir/#more-3181